Sorj Chalandon・Le jour d’avant

 

« -Dis-moi que tu les reconnais quand tu les croises dans la rue. Dis-le ! Mon père, mettant en garde Jojo contre le métier de mineur. Lui racontant les hommes vaincus par le charbon. Leur respiration de poisson échoué sur la grève, leurs tremblements, leurs gestes lents, leurs dos saccagés, leurs yeux désolés, leurs oreilles mortes. »


Premier livre que je lis de Sorj Chalandon, et sûrement pas le dernier car j’ai adoré ! Impossible de le lâcher, surtout si comme moi vous connaissez les beffrois, les façades en petites briques rouges, les buffets flamands dans les salles à manger familiales, la mer du Nord, le ch’timi le vrai...

L’auteur prend pour toile de fond la catastrophe dans la fosse 3bis de Saint-Ame à Lievin-Lens le 27 décembre 1974 où 42 hommes trouvèrent la mort. Michel, qui était petit garçon et y perd son frère, Joseph, souhaite venger sa famille détruite par la mine. On est alors en 2014, l’homme qui est devenu chauffeur routier n’a plus rien qui le retienne...

Nul doute que Chalandon a été marqué par Germinal de Zola, référence citée plusieurs fois dans son roman. Mais ce livre va bien au delà et nous amène dans des contrées psychologiques pour servir un dénouement totalement inattendu !

Chalandon traite en effet le sujet de façon originale et revient sur une époque trop vite oubliée qui pourtant n’est pas si lointaine... Texte nécessaire dans la compréhension de la France d’aujourd’hui, celle des descendants des corons.

Une dernière pour la route : « J’ai bu. Une bouteille de vin, seul sous la lumière morne. La photo de Jojo devant moi. Jojo qui frère encore. Qui a retrouvé un père mort de dignité et une mère morte de peine. Qui tous me demandent réparation, à moi. Le dernier, l’épargne, le survivant. »

 
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